• Le Mahâsiddha Tilopa

    Le Mahâsiddha Tilopa

    La Vie de

    Tilopa par Sa Sainteté le 17ème Gyalwang Karmapa

     

    Comme je vous l’ai mentionné précédemment, la biographie de Tilopa fut écrite dans une langue Tibétaine très ancienne, difficile à traduire en langues étrangères pour les traducteurs, mais également difficile à comprendre pour les contemporains modernes Tibétains. Cependant, je ne vais pas parler de sa biographie en détails, mais, plutôt vous raconter quelques événements de sa vie, tirés d’un récit. Le Mahasiddha Tilopa naquit au sein d’une famille de Brahmanes dans la cité du Bengale, située dans l’Est de l’Inde. Il est écrit qu’il resta dans le ventre de sa mère pendant treize mois. Il naquit à l’aube, le second jour du douzième mois du calendrier lunaire de l’année du rat de l’élément terre.

    Selon la culture Indienne et tout particulièrement au sein de la culture des Brahmanes, la plus haute caste Indienne, il était de tradition d’inviter un devin ou un astrologue, ou bien encore un sage, afin de prédire l’avenir du nouveau né, ainsi que ses prédispositions. Lorsque le premier devin vit Tilopa, il fut ébloui par ses qualités extraordinaires. Ce qui caractérisait Tilopa était au-delà de toute conception humaine. Le devin n’y comprenait rien et ne sut comment l’expliquer aux parents de Tilopa. Il partit précipitamment, disant qu’il ne pouvait absolument pas interpréter la magnificence des qualités de leur enfant. Alors, la famille fit appel à autre expert. De même, celui-ci s’excusa très poliment et se retira promptement, déclarant que les caractéristiques de cet enfant dépassaient ses concepts. Il fut navré de ne pouvoir expliquer de telles particularités avec des mots. (« L’histoire de Tilopa devient très compliquée et je vais peut-être aussi devoir partir….. » ajouta Sa Sainteté en plaisantant.)

    Les parents de Tilopa reconnurent que leur fils était un enfant extraordinaire et hors du commun, comme le prédisaient les devins. Ses parents s’occupèrent de lui avec une attention particulière et l’éduquèrent avec beaucoup d’amour et en l’entourant de leur protection. Ils ne le laissèrent pas s’amuser, ni rester avec d’autres personnes ; ils l’élevèrent seuls, toujours avec beaucoup d’attention.

    Lorsqu’il fut temps pour Tilopa de se tourner vers le dharma, un fait étrange se manifesta. Un jour qu’il était assis au soleil, jouant sous les yeux de sa mère et écoutant ses tendres paroles, une grande ombre le recouvrit soudain. Sa mère leva les yeux brusquement et vit une horrible vieille femme devant eux. Elle fut si effrayée de voir un être si monstrueux, qu’elle se mit à hurler à la vieille femme, l’enjoignant de s’en aller tout de suite. La vieille femme mit en garde la mère de Tilopa : malgré son amour et son désir de protéger son fils, elle ne pourrait pas le protéger d’une mort intempestive. Cette remarque interpella la mère qui demanda à l’horrible vieille femme comment y remédier. Cette dernière lui conseilla d’envoyer son fils à l’école pour y parfaire son éducation, puis elle disparut dans le ciel.

    Après cette entrevue, la mère de Tilopa fit part de cette entrevue à son mari, qui était parti en déplacement. Des jours et des semaines passèrent, les parents de Tilopa étaient de moins en moins préoccupés par la prédiction de la vielle femme. Après tout, il était de tradition dans la culture des Brahmanes d’envoyer leurs enfants à l’école pour recevoir une bonne éducation. Ils envoyèrent alors leur fils parfaire son éducation à l’école où il acquit la maîtrise des arts et de la philosophie dans la culture brahmane. Quelques années plus tard, il était devenu un très grand érudit.

    Vers sa vingtième année, la vielle femme apparut à nouveau, elle était encore plus terrifiante qu’auparavant. Elle recommanda aux parents d’envoyer Tilopa dans la forêt pour s’occuper des buffles, leur indiquant qu’il obtiendrait ainsi la bénédiction des dakinis. Pris de court, ils furent si déconcertés par les propos de la vieille femme, qu’ils restèrent sans voix. Celle-ci se tourna vers Tilopa et lui dit : « Es-tu prêt à aller dans la forêt et à t’occuper des buffles ? » Tilopa lui répondit : « Oui, je le suis ! », puis la vieille femme disparut à nouveau.

    A la suite de sa prédiction, les parents de Tilopa suivirent ses conseils. Ils achetèrent donc des buffles et envoyèrent leur fils dans la forêt. Lorsque Tilopa gardait les buffles, il avait en fait assez de temps pour lire des textes et des livres sur le bouddhisme. Il apprit ainsi considérablement sur le dharma. Un jour, alors qu’il gardait son troupeau de buffles, il rencontra une très jolie jeune fille qui lui demanda d’où il venait et qui étaient ses parents. Après lui avoir raconté son histoire, la jeune fille lui offrit plusieurs présents de grande valeur dont une couronne incrustée de pierres précieuses. Elle lui conseilla de se rendre au pays d’Uddiyana afin de recevoir les enseignements tantriques secrets. Tilopa retourna chez ses parents et relata sa rencontre avec cette jeune fille. Ils discutèrent pendant un moment et réalisèrent que par le passé toutes les prédictions des dakinis s’étaient avérées auspicieuses et favorables pour leur fils. Ils furent réjouis par cette nouvelle prédiction et encouragèrent Tilopa à suivre les conseils de la dakini. Ils lui donnèrent alors leurs bénédictions pour son départ au pays d’Uddiyana. Tilopa quitta ses parents en emportant seulement les rares présents que la jeune fille lui avait offerts.

    Uddiyana n’est pas un champ de bouddha céleste invisible où les gens ne peuvent se rendre.  C’est en fait un lieu que les personnes fortunées sont à même de visiter. En effet, il y a cinq lieux sacrées connus comme étant « les cinq lieux du Vajrayana » ou « Sources du Tantrayana » où les enseignements du Vajrayana sont préservés et enseignés. Uddiyana est l’un de ces royaumes, aujourd’hui connu comme étant le Pakistan. Plusieurs grands maîtres du Tibet de même que des érudits Chinois s’y sont rendus, du fait qu’il était le lieu d’origine des enseignements tantriques.

    Nous avons un dicton au Tibet qui dit : « Les maîtres ont le contrôle absolu de la façon dont ils veulent présenter leurs enseignements ! » Alors je vais utiliser ce pouvoir en écourtant cette histoire.

    Lorsque Tilopa se rendit en Uddiyana, il rencontra beaucoup d’épreuves et d’obstacles,  causés par les dakinis. En général, nous pensons que les dakinis sont des êtres nobles et bienveillants, mais cela n’est pas toujours le cas. Du point de vue de certains indiens, les dakinis sont des êtres qui dévorent la chair humaine, absorbent le sang des hommes, font du mal aux gens, peuvent jeter des sorts, et faire des choses pas très bénéfiques. En Inde, si vous dites à une femme : « Vous êtes une dakini ! », cette personne ne sera sûrement pas ravie, car vous lui dites en fait : « Vous êtes une sorcière ! ».

     

    Tilopa surmonta toutes les difficultés et tous les obstacles sur la route qui le menait vers le pays d’Uddiyana. Arrivé à Uddiyana, il y reçut l’enseignement intégral et secret des dakinis et ce, directement de Vajrayogini. Il n’est pas précisé s’il eut une vision pure du Yidam Vajrayogini ou s’il la vit sous sa forme humaine. Quoi qu’il en soit, en recevant les enseignements directement du Yidam Vajrayogini, Tilopa atteignit instantanément la réalisation absolue. C’est la raison pour laquelle, lorsqu’il enseigna plus tard ses étudiants, il mentionna : « Moi, Tilopa, je n’ai pas de Gourou humain. Mon Gourou est le Grand Vajradhara ! ».  Cette déclaration sous-entend que Tilopa atteignit la même réalisation complète que le Bouddha Shakyamouni, et qu’il y est parvenu sans dépendre d’un maître humain. En raison de son apparence extérieure, il fut difficile pour qui que ce soit de reconnaître en Tilopa un pratiquant du Bouddhisme, et encore moins un érudit ou un mahasiddha. Toutefois, lorsque nous avons une meilleure compréhension de sa vie et comprenons la manière dont il a reçu les enseignements tantriques de la déité d’élection (yidam) Vajrayogini, à Uddiyana, nous percevons sans le moindre doute Tilopa comme étant l’un des maîtres les plus importants, qui transmit les enseignements du Bouddha appartenant aussi bien au Tantrayana qu’au Soutrayana. C’est la raison pour laquelle Naropa le prit pour maître.

    http://www.kagyuoffice-fr.org/17e_karmapa/enseignements/la-vie-de-tilopa-par-sa-saintete-le-17eme-gyalwang-karmapa/

     

    Les maîtres vajra Mahasiddha insultent toujours la dualité

     

    La lignée denseignements Kabab Zhi (bKa babs bZhi) fut amenée au Tibet par Marpa. Elle fut initialement reçu du Bouddha Dharmakaya Dorje Chang (rDo rJe lCang) par le Mahasiddha Tilopa, qui la transmis à Naropa, Maitripa et Marpa. La lignée passa ensuite par Milarépa puis fut transmise au travers la lignée Kagyd (bKa brGyud) des Karmapas ainsi que dautres Lamas des lignées Kagyd et Nyingma.

     

    Ngakchang Rinpoche en dit: 

     Tilopa est un exemple profond de maître vajra. Il ne perdit jamais une occasion pour confronter son disciple Naropa avec ce qui était nécessaire. La capacité de Naropa à recevoir cette transmission était obstruée par ses nombreux concepts sur la spiritualité et Tilopa manifestait donc invariablement ce qui était en contradiction manifeste avec le conditionnement de Naropa. Naropa était convaincu que seul Tilopa pouvait le libérer de la cage de son incompréhension et sest ainsi quil était prêt à endurer des chocs idéologiques répétés que lui assénait Tilopa. Tilopa était complètement politiquement incorrect du point de vue de la société Brahmanique, et cest dans ce paradigme social que Naropa était enfermé. Ce fut donc une situation explosive qui mena à sa réalisation. Les gens pensent souvent que les épreuves que Naropa eut à subir au main de Tilopa ne furent quallégoriques cest faux, lallégorie fut réelle. Le maître vajra contemporain ne conjurera peut être pas tel Tilopa mais il ou elle confrontera invariablement le disciple à ses obstacles perceptifs. Le maître vajra contemporain offensera la dualité par tous les moyens possibles. Le disciple se plaindra toujours, dira toujours que le maître vajra nest pas raisonnable, et cherchera toujours à ce que le maître se conforme à sa propre version de la spiritualité. La capacité de Naropa était sans doute grande mais sa confusion nétait pas différente de la notre. Le style de notre confusion est peut être différent et le maître vajra lapprochera donc tel quelle est. Il faut néanmoins comprendre que le maître vajra insultera et offensera toujours notre dualité.

    http://aroencyclopaedia.org/shared/text/t/tilopa_th_01_01_fra.php